En bref
- En janvier 2018, David Lin installe son cabinet de conseil en gestion de patrimoine, seul, avec des modèles Word. En septembre, il a deux clients et des offres salariées sur la table.
- Il ne signe pas, pour trois raisons : une liberté d'agenda qui n'en est pas une, un portefeuille qui appartient à l'employeur, et des produits maison sans architecture ouverte.
- Il rejoint un réseau en gardant son cabinet, puis fonde Fyneo, le collectif dont il aurait eu besoin à ses débuts.
En septembre 2018, mon cabinet avait neuf mois et deux clients. Alors j'ai regardé les offres salariées. On m'a proposé un peu plus que le SMIC, plus des primes difficiles à débloquer. Pendant des semaines, j'ai failli signer.
J'ai raconté cette histoire en vidéo en 2021. Cinq ans plus tard, je n'en retire rien. J'y ajoute seulement une fin.
D'où je viens
J'ai fait mes études aux États-Unis, à San Diego, en sport-études section tennis. En rentrant en France, mon diplôme n'avait pas d'équivalence. Je me suis retrouvé vendeur dans une petite entreprise de textile qui vendait aux professionnels. J'étais le couteau suisse de l'entreprise : la vente, le stock, l'administratif. En parallèle, j'avais un second emploi de chargé de communication externe dans l'association d'un parti politique, un beau titre pour dire que j'envoyais des mails et que je répondais au téléphone. De ces deux expériences, j'ai néanmoins appris énormément sur les relations au travail.
À 23 ans, avec ces deux emplois alimentaires, je gagnais à peine plus que le SMIC, et je voulais acheter ma résidence principale en région parisienne. Avec mes deux salaires, aucune banque ne suivait. J'ai cherché d'autres portes et je suis passé par les enchères immobilières. J'ai acheté un appartement à Saint-Ouen-sur-Seine, et j'ai sous-estimé les travaux. Beaucoup. Je me suis retrouvé avec plus de 700 € de mensualités, entre un tout petit crédit immobilier et un crédit à la consommation. Il me restait de quoi vivre modestement, pas de quoi épargner.
Alors j'ai mis le bien en location. Et là, surprise : les loyers couvraient le crédit, et il restait quelques centaines d'euros chaque mois. Moi qui cumulais deux emplois pour gagner un peu plus que le SMIC, je découvrais qu'un appartement bien choisi pouvait travailler à ma place.
La question qui m'est venue ce jour-là ne m'a plus quitté : comment j'aide mes proches à faire pareil ?
Le cabinet, seul, avec des fichiers Word
Je me suis formé et j'ai lancé mon cabinet en janvier 2018. On ne m'avait donné aucun logiciel : des modèles Word pour la lettre de mission, le rapport, les recommandations. Pour chaque client, je changeais le nom, le prénom, la recommandation, à la main. Il suffisait d'oublier d'enregistrer sous un autre nom pour écraser le modèle.
De janvier à septembre, deux clients. Ceux qui se sont installés seuls savent de quoi je parle : le conseil prend une heure, la paperasse en prend dix.
C'est là que les offres salariées sont devenues tentantes. Et c'est là que j'ai pris le temps de regarder ce qu'elles proposaient vraiment.
Ce que le salariat m'avait déjà appris
Sans équivalence pour mon diplôme américain, j'ai tenu ces emplois alimentaires pendant deux ans et demi. Un manager qui reprochait plus qu'il n'expliquait, 35 heures sur le contrat, 45 en réalité avec les trajets et les heures supplémentaires jamais comptées. J'en étais sorti avec une phrase en tête : plus jamais je ne donnerai mon temps contre de l'argent. Je me suis alors fait embrigader par quelques gourous de la liberté financière et toute la panoplie du développement personnel financier à l'américaine. J'y ai laissé quelques plumes…
Mais il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain. J'entendais souvent autour de moi : « l'argent, ce n'est pas ce qui compte pour moi », et dans la même conversation, « je n'aime pas mon travail ». Si le temps compte plus que l'argent, pourquoi donner l'un pour obtenir l'autre ? Je pose la question sans jugement. Je me la suis posée à moi-même.
Trois raisons de ne pas signer
Une liberté qui n'en est pas une
Dans les offres que j'ai étudiées, on me disait : « Vous êtes libre de votre agenda. » Puis venait la suite. Trente-cinq heures quand même. Dix à quinze rendez-vous par semaine. Un nombre de contrats à atteindre. Des points réguliers pour rendre des comptes.
Cette liberté-là sert surtout à placer les rendez-vous le soir et le week-end, quand les clients sont disponibles. Célibataire, ça passe. Avec une famille, beaucoup moins.
J'ai appelé une centaine de conseillers à cette époque pour comprendre ce qu'ils aimaient et ce qu'ils subissaient dans leur métier. Ce décalage entre la liberté annoncée et la liberté vécue revenait sans cesse.
Un portefeuille qui ne vous appartient pas
Salarié, vous amenez vos proches, vos amis, votre réseau. Ces clients deviennent ceux de l'entreprise. C'est le contrat, et c'est normal. Mais le jour où vous partez, vous partez sans eux.
Or le portefeuille, c'est la valeur d'un conseiller. C'est ce qui se transmet ou se revend en fin de carrière, comme une patientèle de médecin. C'est aussi, d'une certaine façon, votre prévoyance : en cas d'accident ou d'invalidité, un portefeuille à vous garde une valeur. Un portefeuille de l'entreprise, aucune.
Nous passons nos journées à parler de prévoyance à nos clients. Il serait dommage d'être le cordonnier le plus mal chaussé.
Le produit de la maison avant le client
Dans plusieurs des structures salariées que j'ai regardées, il n'y avait pas d'architecture ouverte. On y proposait les produits du groupe. Certains sont bons, sinon ils n'existeraient pas. D'autres le sont beaucoup moins, et le conseiller le sait. À ce moment-là, on n'est plus conseiller, on est vendeur.
Je suis entré dans ce métier pour aider mes proches. Je ne voulais pas d'un poste où l'intérêt du client passe après celui du catalogue.
Alors, j'ai rejoint un réseau
En septembre 2018, j'ai échangé avec un confrère. Il avait commencé seul, comme moi. Il avait rejoint un réseau en gardant son cabinet et l'architecture ouverte. L'administratif et la comptabilité étaient partagés, et lui se consacrait au conseil.
Je me suis dit : seul, on va plus vite ; à plusieurs, on va plus loin. C'est la formule toute faite des réseaux de conseillers en gestion de patrimoine. Le réseau que j'ai rejoint semblait sain, rempli de personnes de bonne volonté venues comme moi. J'ai fini par découvrir qu'il fonctionnait comme un MLM : recruter la personne suivante y comptait plus que conseiller ses clients investisseurs. J'étais jeune, je me suis fait embarquer. Jeune et influençable. J'ai longtemps cru à ces promesses de liberté financière… Après plusieurs années, la facture est salée : plusieurs centaines de milliers d'euros. Quand je m'en suis rendu compte, j'étais à deux doigts de quitter le monde de la finance une bonne fois pour toutes.
Malgré tout, j'ai rencontré dans ce réseau beaucoup de personnes intéressantes, aussi embrigadées que moi et avec les mêmes œillères. J'ai beaucoup appris d'elles. J'ai mis du temps à ouvrir les yeux. Certains y sont encore, et je ne les juge pas.
En 2021, je consacrais entre quinze et vingt heures par semaine au cabinet. Le reste du temps, j'écrivais un livre, une lettre d'information, je tournais des vidéos. Rien à voir avec la liberté qu'on m'avait proposée trois ans plus tôt : je me sentais plus libre et plus créatif qu'avec mes deux CDI cumulés. Mais je passais encore beaucoup de temps à étoffer mes connaissances, le savoir-être comme le savoir-faire du métier de conseiller en gestion de patrimoine. Ce temps-là, je ne l'avais pas compté : les stages, les voyages, les lectures… Mis bout à bout, cette liberté était en réalité illusoire.
La fin que j'ajoute en 2026
Chercher la sécurité d'un salaire, c'est respectable. Je l'ai cherchée moi-même, en septembre 2018. Ce que j'ai compris depuis, c'est qu'un conseiller installé à son compte n'a pas à choisir entre sa liberté et le fait d'être entouré.
Entouré, oui, mais pas n'importe comment. Et surtout par des personnes qui partagent mes valeurs.
C'est pour ça que j'ai fondé Fyneo : le collectif dont j'aurais eu besoin en janvier 2018, avec mes modèles Word. Des conseillers qui gardent leur cabinet et leur clientèle, et qui mettent en commun l'administratif, la conformité et les partenaires. Chez Fyneo, ce que garde un membre dépend de son propre encours, jamais du nombre de personnes qu'il fait entrer. Et chacun signe en arrivant une charte qui l'engage, entre autres, à la transparence des frais pour ses clients et à une finance responsable.
Si vous êtes salarié et que cette histoire vous parle, ou si vous êtes installé seul et que la paperasse vous fatigue, découvrez Fyneo.
David Lin, fondateur de Fyneo
David Lin est le fondateur de Fyneo. Le cabinet Fyneo Patrimoine est immatriculé à l'ORIAS sous le numéro 24002299. Son parcours.